Huun Huur Tu
Centre de Pratique Musicale de Thônes
Navigation
 ▶ Archives / Presse  ▶ « Vocales » & « Saisons  ▶ « Vocales » 2004  ▶ Huun Huur Tu
chapeau & descriptif
Corps de l'article

Tuva

Situation de Tuva

Petite république de 300 000 habitants, elle se compose de deux tiers de Tuvas, sédentarisés du 20e siècle et d’un tiers de Russes. Elle connut les invasions chinoises, turques, mongoles et russes.
Sa capitale est Kypsil et sa langue le turkie ; celle-ci s’apparente à la langue turque des origines.
Cet étot, aujourd’hui indépendant, est né de l’explosion du bloc socialiste soviétique et nous transporte immédiatement par ses paysages de steppes, de lacs et de montagnes dans l’univers magique des routes de la soie. L’ombre séculaire de Genghis Khan, illustre ancêtre aux chevauchées sauvages, imprègne encore cette terre d’une rude simplicité.

Huun Huur Tu

Huun Huur Tu

Huun Huur Tu est une expression Tuvan « scürtü de xün » choisi par le groupe qui signifie littéralement « propulseur de soleil ». Ce mot désigne les rayons de soleil, éclairant d’une lumière intense au lever et au coucher, cette nature des origines, où l’homme célèbre encore son attachement aux mystères de la terre et du ciel, aux bêtes et à leurs vastes prairies.
Cette musique destinée à reproduire une variété de sons de l’environnement des Tuvas, évoque le jaillissement des oiseaux, le ruissellement de l’eau, le galop du cheval. Elle n’est pas sans nous rappeler les rites premiers des civilisations agricoles qui se sont fixées autour de la Méditerranée, cinquante siècles avant Jésus Christ.
C’est pourquoi le répertoire traditionnel du groupe Huun Huur Tu, une des musiques les plus singulières de la planète, s’enrichit régulièrement de chants très anciens, dont la vocation première, outre l’expression artistique, est pastorale. Ce chant, exclusivement masculin est avant tout lié aux faits et gestes de tous les jours. Toute femme qui essaierait, risquerait, dit-on, la stérilité, et nos quatre musiciens y croient encore dur comme fer.
Il accompagne le travail de la laine de moutons, comme il sert à domestiquer l’animal, à le calmer, quand l’agneau, le poulain ou le chameau deviennent orphelins. De même, on le retrouve pour accompagner les courses de chevaux, ou accomplir les rituels chamaniques au cours desquels le chamane tente de rétablir un ordre de la nature ou de prévenir un désordre à venir.
Fondé en 1991 par Sayan Baja, un ex-membre d’un groupe de jazz-rock, ces quatre musiciens invités par le Kronos Quartet, Franck Zappa, the Chieftains pour ne citer qu’eux ont conquis les plus grandes salles de New-York, Londres, Moscou, et plus récemment le Japon, l’Allemagne et la France. C’est grâce à des touristes allemands débarqués dans la capitale de Tuva que leur technique de chant est passée pour la première fois en occident.

Sayan Baja, né en 1962, jouait dans le Nord du Caucase de la basse dans un orchestre de jazz-rock russe. De retour à Tuva en 1990, il reprend la musique traditionnelle tuva avec des instruments électriques. Au sein du groupe, il est le virtuose des instruments à cordes, igil et guitare acoustique.

Koigal-ool khovalyg né en l960, cofondateur du groupe, était berger jusqu’à l’âge de 21 ans. C’est un chanteur harmonique autodidacte, lequel ou moment où il rejoint l’orchestre national de Tuva, commence à apprendre la technique du chant de gorge. Dès 1993, il se consacre exclusivement ou nouveau quatuor.

Anatoli Kuular né en 1965 est un autre berger à cheval. Avant d’entamer une carrière de musicien professionnel, il participe à des enregistrements d’imitation des sons de la nature.

Quant à Alexis Soryglar, le plus jeune du groupe né en 1966, c’est un véritable homme orchestre puisqu’il a une formation de percussionniste classique et pratique de nombreux instruments à cordes, y compris le piano.

Le chant de gorge

Le chant de gorge ou chant diphonique se caractérise par cette capacité pour chaque interprète à émettre deux ou trois voix simultanément. Pour un chanteur occidental, cette technique vocale semble impossible. « Chez nous, disent-ils, il n’y a pas de maître, on chante sans avoir appris. C’est comme quand on commence à parler, on ne soit ni quel jour, ni comment cela s’est foit ». Le chanteur émet conjointement deux sons, l’un dit fondamental ou bourdon tenu à la même hauteur tout le temps d’une expiration, pendant que l’outre dit son harmonique, varie ou gré du chanteur. Cette technique de chant se subdivise en plusieurs techniques principales avec un bourdon du plus grave ou plus aigu selon les styles kargyraa, khaomei ou klaonei sygyt.

Il faut rendre grâce à l’effondrement du mur de Berlin, qui n’a pas seulement permis la réunification historique des deux Allemagne, mais a logement contribué à l’arrivée en Europe de ces musiques que le rouleau compresseur soviétique n’avait réussi à éteindre. Libéré des membres du KGB qui les suivaient lors de leurs tournées, c’est maintenant face ou rouleau compresseur de la mondialisation que ces quatre musiciens essaient de maintenir fermement un discours identitaire, en essayant d’aller de l’avant.

« Si une, musique traditionnelle cesse d’évoluer, disent-ils elle est destiné à s’éteindre ». En essayant d’aller au plus profond dans la tradition, le groupe a pour devise de lancer un nouveau nomadisme. Leur impressionnante discographie l’atteste et les multiples, travaux des ethno-musicologues nous montrent que l’extrême Orient fantasmatique n’a pas encore fini de nous fasciner et de nous nourrir spirituellement.
C’est peut-être une réponse à donner ou problème du statut des musiques traditionnelles dans une société marchande sans âme.

A vous cher public, d’être conquis à votre tour, par cette bouffée d’air pur des steppes, véritable hygiène mentale et physique.

« Vocales » 2004

Prochains rendez-vous

la section depliable

La section 'flex'