Carmina Burana
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Corps de l'article

Plan de l’œuvre

Fortuna imperatrix mundi

Le destin dirige le monde


1. O Fortuna
2. Fortune plango vulnera

Primo vere / Le printemps


3. Veris leta facies
4. Omnia sol temperat
5. Ecce gratum

Uf dem anger / Dans le pré


6. Tanz
7. Floret silva nobilis
8. Chramer, gip die varwe mir
9. Reie :
 - swaz hie gat umbe
 - chume, cum, geselle min !
 - swaz hie gat umbe
10. Were diu werlt alle min

In taberna / Dans la taverne


11. Estuans interius
12. Olim lacus colueram
13. Ego sum abbas
14. In taberna quando sumus

Cour d’amours


15. Amor volat undique
16. Dies, nox et omnia
17. Stetit puella
18. Circa mea pectora
19. Si puer cum puellula
20. Veni, veni, venias
21. In truitina
22. Tempus est iocundum
23. Dulcissime

Blanziflor et Helena / Blanchefleur et Hélène


24. Ave formosissima

Fortuna imperatrix mundi


26. O Fortuna (reprise du n°1)

01-O Fortuna

O Destin

chœur
O Fortuna velut luna
Statu variabilis,
Semper crescis aut decrescis ;
Vita detestabilis
Nunc obdurat
Et tunc curat
ludo mentis aciem,
Egestatem,
potestatem
dissolvit ut glaciem.
O destin,
Tu es changeant
Comme la lune,
toujours croissant
Ou décroissant ;
Vie détestable
Tu éprouves d’abord
Puis tu soulages
Par jeu, la clairvoyance de l’esprit,
La misère
Et la puissance,
Tu les fais fondre comme la glace.
Sors immanis
et inanis,
Rota tu volubilis,
Status malus,
vana salus
Semper dissolubilis,
Obumbrata
et velata
michi quoque niteris ;
Nunc per ludum
dorsum nudum
Fero tui sceleris.
Destin monstrueux
Et insensé,
Tu fais tourner la roue.
Tu es malsain,
Tu rends vaine toute solution.
Dans l’ombre
Et voilé,
Tu me tourmentes aussi.
Maintenant à cause du jeu,
Le dos nu
Je supporte ta vilénie.
Sors salutis
et virtutis
michi nunc contraria
Est affectus
Et defectus
Semper in angaria.
Hac in hora
Sine mora
Corde pulsum tangite
Quod per sortem
Sternit fortem
Mecum omnes plangite !
Le sort de ma santé
Et de ma force
M’est maintenant contraire.
Douleur
Et l’épuisement
Me maintiennent en esclavage.
Sur le champ,
Sans attendre, Faites de la musique ;
Car le destin
Frappe l’homme fort.
Pleurez tous avec moi !

O Fortuna

02-Fortune plango vulnera

Je pleure la blessure du sort

chœur
Fortune plango vulnera
Stillantibus ocellis
Quod sua michi munera subtrahit rebellis.
Verum est quod legitur
Fronte capillata sed plerumque
Sequitur occasio calvata.
Je pleure la blessure du sort,
Les yeux pleins de larme,
Il m’a repris les cadeaux qu’il m’avait faits.
Ce qu’on peut lire est vrai :
Un front couvert de cheveux
Se retrouve chauve plus tard.
In fortune solio sederam elatus,
Prosperitatis vario flore coronatus
Quicquid enim florui felix et beatus,
Nunc a summo corrui gloria privatus.
Je me suis assis tout en haut
Sur le trône du destin,
Couronné des fleurs variées de la richesse.
Ainsi j’ai prospéré heureux et comblé.
Maintenant je suis tombé du somment, privé de gloire.
Fortune rota volvitur :
Descendo minoratus
Alter in altum tollitur nimis exaltatus ;
Rex sedet in vertice
Caveat ruinam !
Nam sub axe legimus hecubam reginam.
La roue du destin tourne :
Je descends, déchu,
Un autre est porté en hauteur trop haut ;
Le roi est assis au sommet,
Qu’il prenne garde à la chute !
Car sous la planche on lit reine Hécube.

Fortune plango vulnera

03-Veris leta facies

Le souriant visage du printemps

chœur
veris leta facies mundo propinatur,
Hiemalis acies victa iam fugatur.
In vestitu vario Flora principatur,
Nemorum dulcisono que cantu celebratur.
Le souriant visage du printemps s’offre au monde,
Le rigoureux hiver est vaincu et fuit déjà ;
Parée d’habits colorés, Flore règne,
la douce harmonie des bois est célébrée par le chant des oiseaux..
flore fusus gremio,
Phebus novo more risum dat,
Hac vario iam stipate flore.
Zephyrus nectareo spirans in odore.
Certatim pro bravio curramus in amore.
Allongé sur les genoux de Flore,
Phébus soutit une fois encore,
à celle qui est désormais couverte de fleurs multicolores
Zéphir exhale une senteur de nectar.
Vite, concourrons pour l’amour.
Cytharizat cantico dulcis Philomela,
Flore rident vario prata iam serena,
Salit cetus avium silve per amena,
Chorus promit virgin iam gaudia millena.
La tendre Philomèle accompagne son chant à la cithare.
Maintenant calmes, les prés rient couverts de fleurs multicolores,
Un vol d’oiseaux s’élève de la forêt par plaisir,
On promet déjà aux jeunes filles de nombreuses
réjouissances.

Veris leta facies

04-Omnia sol temperat

Le soleil réchauffe tout

baryton soliste
Omnia sol temperat
Purus et subtilis,
Novo mundo reserat
Faciem aprilis,
Ad amorem properat
Animus herilis
Et iocundis imperat deus puerilis.
Le soleil réchauffe tout,
pur et léger,
il révèle le visage d’avril
à un monde nouveau.
Il incite l’esprit de l’homme vers l’amour
et le dieu enfant impose la joie.
Rerum tanta novitas
In solemni vere jubet
Nos gaet veris auctoritas udere ;
Vias prebet solitas,
Et in tuo vere fides est
Et probitas tuum retinere.
Renouveau de tant de choses,
le printemps invite à la fête
et le pouvoir du printemps
nous ordonne de se réjouir.
Il offre des occasions
le printemps t’es fidèle
et protège ton honneur.
Ama me fideliter,
fidem meam nota
de corde totaliter
et ex mente tota,
sum presentialiter
absens in remota,
quisquis amat taliter,
volvitur in rota.
Aime-moi fidèlement !
Vois comme je suis fidèle
de tout mon cœur
et de tout mon esprit :
je suis avec toi
même si je suis au loin.
Qui aime totalement
tourne dans la roue

Omnia sol temperat

05-Ecce gratum

Voici le plaisant

chœur
Ecce gratum
Et optatum ver reducit gaudia,
Purpuratum floret pratum,
Sol serenat omnia
Iamiam cedant tristia !
Estas redit,
Nunc hiemis sevitia recedit .
Voici le plaisant
et souhaité printemps,
il ramène la joie,
le pré fleurit couvert de pourpre.
Le Soleil rassérène toutes choses
aussitôt la tristesse s’en va !
L’été revient,
alors la rigueur de l’hiver se retire.
Iam liquescit
et decrescit grando,
Nix et cetera ;
Bruma fugit
Et iam sugit ver estatis ubera ;
Illi mens est misera
qui nec vivit
nec lascivit
Sub estatis dextera.
Maintenant fondent
et disparaissent grêle,
neige et le reste,
l’hiver fuit,
et déjà le printemps féconde l’été ;
Malheureux celui dont l’esprit
ne vit
ni ne folâtre
sous l’autorité de l’été.
Gloriantur
et letantur
In melle dulcedinis,
Qui conantur,
Ut utantur premio cupidinis ;
Simus jussu cypridis gloriantes
Et letantes pares esse paridis.
Ils se glorifient
et se réjouissent
de la douceur du miel,
qu’ils se préparent à user
des récompenses des désirs
sur l’ordre de Vénus.
Glorifions-nous
et réjouissons-nous
d’être les égaux de Pâris

Ecce gratum

07-Floret silva nobilis

La forêt s’épanouit

chœur
Floret silva nobilis floribus et foliis.
La noble forêt bourgeonne
et refleurit.
chœur d’enfants
ubi est antiquus meus amicus ?
Hinc equitavit,
Eia, quis me amabit ?
Où donc est mon ancien amour ?
Il est parti d’ici à cheval !
Ah ! Qui donc m’aimera ?
chœur
floret silva undique,
La forêt resplendit partout,
Nah mine gesellen ist mir we.
Bientôt je rejoindrais celui qui est à moi
chœur d’enfants
Gruonet der walt allenthalben,
Wa ist min geselle alse lange ?
la forêt verdit toute entière,
Pourquoi mon amour est-il si loin ?
chœur d’hommes
Der ist geriten hinnen
Il est parti d’ici à cheval !
chœur d’enfants
O wi, wer sol mi’ch minnen ?
Ah ! Qui donc m’aimera ?

Floret silva nobilis

08-Chramer, gip die varwe mir

Marchand, donne-moi du fard

chœur d’enfants
Chramer, gip die varwe mir,
Die min wengel roete,
Damit ich die jungen man
An ir dank der minnenliebe noete.
Seht mich an, jungen man !
Lat mich iu gevallen !
Marchand, donne-moi du fard
Pour rosir mes joues,
Ainsi pourrai-je faire que les jeunes gens
M’aiment contre leur volonté.
Regardez-moi, jeunes gens !
Laissez-moi vous séduire !
Minnet, tugentliche man,
Minnecliche frouwen !
Minne tuot iu hoch gemout
Unde lat iuch in hohen eren schouwen
Seht mich an, jungen man !
Lat mich iu gevallen !
L’homme vertueux aime les femmes aimables !
L’amour ennoblit ton esprit
Et te donne un grand honneur.
Regardez-moi, jeunes gens !
Laissez-moi vous séduire !
Wol dir, werit,
Daz du bist also freudenriche !
Ich will dir sin undertan
Durch din liebe immer sicherliche.
Seht mich an, jungen man !
Lat mich iu gevallen !
Je te salue, monde,
Plein de joies !
Je te serai obéissante
A cause de l’amour toujours assuré.
Regardez-moi, jeunes gens !
Laissez-moi vous séduire !

Chramer, gip die varwe mir

09-reie

ronde

chœur
Swaz hie gat umbe,
Daz sint alles demoiselles,
Die wellent an man
Allen disen sumer gan !
Celles qui font la ronde
Sont toutes demoiselles,
Elles veulent un homme
Durant tout l’été.
Chume, chum, geselle min,
Ih enbite harte din,
Ih enbite harte din,
Chume, chum, geselle min.
Viens, viens, mon amour,
Je te désire ardemment,
Je te désire ardemment,
Viens, viens, mon amour.
Suzer rosenvarwer munt,
Chum un mache mich gesunt
Chum un mache mich gesunt,
Suzer rosenvarwer munt
Douce bouche à la couleur de rose,
Viens et rends-moi la santé,
Viens et rends-moi la santé,
Douce bouche à la couleur de rose.
Swaz hie gat umbe,
Daz sint alles demoiselles,
Die wellent an man
Allen disen sumer gan !
Celles qui font la ronde
Sont toutes demoiselles,
Elles veulent un homme
Durant tout l’été.

Swaz hie gat umbe

Chume, geselle min

10-Were diu werlt alle min

Si le monde entier m’appartenait

chœur
were diu werlt alle min
Von deme mere unze an den rin
Des wolt ih mih darben,
Daz diu chunegin von engellant lege an minen armen.
Si le monde
entier était à moi
de la mer jusques au Rhin,
je m’en priverais pour
que la Reine d’Angleterre se tienne dans mes bras.

Were diu werlt alle min

11-Estuans interius

Me consumant de l’intérieur

baryton
Estuans interius
Ira vehementi
In amaritudine
Loquor mee menti :
Factus de materia,
Cinis elementi
Similis sum folio,
De quo ludunt venti.
Me consumant de l’intérieur
D’une violente colère,
Dans l’amertume
Je parle en moi-même :
Fait de matière,
De cendres d’éléments,
Je suis semblable à une feuille,
Dont les vents se jouent.
Cum sit enim proprium
Viro sapienti
Supra petram ponere
Sedem fundamenti,
Stultus ego comparor
Fluvio labenti,
Sub eodem tramite.
Nunquam permanenti.
Ce serait le propre
D’un homme sage
De poser ses fondations
Sur la roche.
Je suis stupide comme
Un fleuve qui change ses méandres
Sur le même parcours
Qui ne change jamais.
Feror ego veluti
Sine nauta navis,
Ut per vias aeris
Vaga fertur avis ;
Non me tenent vincula,
Non me tenet clavis,
Quero mihi similes
Et adiungor pravis.
Je suis emporté tel
Un navire sans matelot,
Et l’oiseau est porté
Par la voie des airs.
Les chaînes ne me retiennent pas,
La clef ne me tient pas,
Je cherche mes semblables
Et rejoins les dépravés.
Mihi cordis gravitas
Res videtur gravis
Iocis est amabilis
Dulciorque favis ;
Quicquid venus imperat,
Labor est suavis,
Que nunquam in cordibus
Habitat ignavis.
Mon cœur
Me semble un lourd fardeau ;
Le jeu est aimable
Et plus doux qu’un rayon de miel ;
Quoi que Vénus ordonne
La tâche est douce,
Parce qu’elle n’habite jamais
Les cœurs paresseux.
Via lata gradior
More iuventutis
Inplicor et vitiis
Immemor virtutis,
Voluptatis avidus
Magis quam salutis,
Mortuus in anima
Curam gero cutis.
Je marche sur la large route
Des comportements de la jeunesse
Je me plie aux vices
Oublieux de la vertu,
Je suis avide de plaisirs
Plus que de salut,
Mort dans mon âme,
Je prend soin de la chair.

12-Olim lacus colueram

Jadis j’habitais sur un lac

ténor
Olim lacus colueram,
Olim pulcher extiteram,
Dum cignus ego fueram.
Jadis j’habitais sur un lac,
Jadis ma beauté exaltait
Lors que j’étais un cygne.
chœur d’hommes
Miser, miser !
Modo niger
Et ustus fortiter !
Malheureux ! Malheureux !
Maintenant noirci
Et complètement cuit !
ténor
Girat, regirat garcifer ;
Me rogus urit fortiter ;
Propinat me nunc dapifer.
Le commis me tourne et me retourne ;
Le bûcher me brûle complètement,
Maintenant le cuisinier me sert.
chœur d’hommes
Miser, miser !
Modo niger
Et ustus fortiter !
Malheureux ! Malheureux !
Maintenant noirci
Et complètement cuit !
ténor
Nunc in scutella iaceo,
Et volitare nequeo
Dentes frendentes video :
Maintenant je gis sur un plateau,
Et je ne peux plus voler,
Je vois des dents prêtes à broyer
chœur d’hommes
Miser, miser !
Modo niger
Et ustus fortiter !
Malheureux ! Malheureux !
Maintenant noirci
Et complètement cuit !

Olim lacus colueram

13-Ego sum abbas

Je suis l’abbé

baryton
Ego sum abbas cucaniensis
Et consilium meum est cum bibulis,
Et in secta decii voluntas mea est,
Et qui mane me quesierit in taberna,
Post vesperam nudus egredietur,
Et sic denudatus veste clamabit :
Je suis l’abbé de Cocagne
Et mon chapitre est formé d’ivrognes,
Et ma règle est celle des joueurs de dès.
Et celui qui me cherche le matin dans la taverne,
Sort nu le soir,
Et ainsi dépouillé de ses vêtements il criera :
baryton et chœur d’hommes
Wafna, wafna !
Quid fecisti sors turpassi
Nostre vite gaudia
Abstulisti omnia !
Holà ! Holà !
Qu’as-tu fait, sort infâme ?
Notre joie de vivre
Tu l’as toute emportée !

Ego sum abbas

14-In taberna quando sumus

Quand nous sommes dans la taverne

chœur
In taberna quando sumus
Non curamus quid sit humus,
Sed ad ludum properamus,
Cui semper insudamus.
Quid agatur in taberna
Ubi nummus est pincerna,
Hoc est opus ut queratur,
Si quid loquar, audiatur.
Quand nous sommes dans la taverne,
Que nous importe de n’être que poussière,
Mais nous nous hâtons pour les jeux
Qui nous font toujours transpirer.
Ce qui se passe dans la taverne,
Où l’argent est l’échanson,
Voilà la tâche requise,
Si je dis quelque chose, écoutez moi.
Quidam ludunt, quidam bibunt,
Quidam indiscrete vivunt.
Sed in ludo qui morantur,
Ex his quidam denudantur
Quidam ibi vestiuntur,
Quidam saccis induuntur.
Ibi nullus timet mortem
Sed pro baccho mittunt sortem.
Certains jouent, certains boivent,
D’autres vivent sans pudeur.
De ceux qui jouent habituellement,
Certains se retrouvent nus,
Certains sont rhabillés,
Certains sont couverts d’un sac.
Ici, personne ne craint la mort,
Mais ils misent sur Bacchus
Primo pro nummata vini,
Ex hac bibunt libertini ;
Semel bibunt pro captivis,
Post hec bibunt ter pro vivis,
Quater pro christianis cunctis
Quinquies pro fidelibus defunctis,
Sexies pro sororibus vanis,
Septies pro militibus silvanis.
En premier, pour les le prix du vin,
D’abord les affranchis boivent,
De même ils boivent pour les prisonniers,
Alors une troisième fois ils boivent pour les vivants,
Une quatrième pour tous les chrétiens,
Une cinquième fois pour les fidèles défunts,
Une sixième pour les compagnes légères,
Une septième pour les sodats en campagne.
Octies pro fratribus perversis,
Nonies pro monachis dispersis,
Decies pro navigantibus
Undecies pro discordaniibus,
Duodecies pro penitentibus,
Tredecies pro iter agentibus.
Tam pro papa quam pro rege
Bibunt omnes sine lege.
Une huitième pour les frères pervers,
Une neuvième pour les moines dispersés,
Une dixième pour ceux qui naviguent,
Une onzième pour les plaideurs,
Une douzième pour les pénitents,
Une treizième pour les voyageurs.
Autant pour le pape que pour le roi,
Tous boivent sans loi.
Bibit hera, bibit herus,
Bibit miles, bibit clerus,
Bibit ille, bibit illa,
Bibit servus cum ancilla,
Bibit velox, bibit piger,
Bibit albus, bibit niger,
Bibit constans, bibit vagus,
Bibit rudis, bibit magus.
La patronne boit, le patron boit,
Le soldat boit, le prêtre boit,
Celui-ci boit, celle-ci boit,
L’esclave boit avec la servante,
Le rapide boit, le paresseux boit,
Le blanc boit, le noir boit,
Le pondéré boit, l’inconstant boit,
Le rustre boit, le sorcier boit.
Bibit pauper et egrotus,
Bibit exul et ignotus,
Bibit puer, bibit canus,
Bibit presul et decanus,
Bibit soror, bibit frater,
Bibit anus, bibit mater,
Bibit ista, bibit ille,
Bibunt centum, bibunt mille.
Le pauvre et le malade boivent,
L’exilé et l’étranger boivent,
L’enfant boit, le vieux boit,
L’évêque et le doyen boivent,
La sœur boit, le frère boit,
La vieille boit, la mère boit,
Celui-ci boit, celui-là boit,
Cent boivent, mille boivent.
Parum sexcente nummate
Durant, cum immoderate
Bibunt omnes sine meta.
Quamvis bibant mente leta,
Sic nos rodunt omnes gentes
Et sic erimus egentes.
Qui nos rodunt confundantur
Et cum iustis non scribantur.
Parmi les milliers de gens
prospères, très peu
Perdurent quand
Ils boivent immodérément, sans limite.
Mais, ils boivent l’esprit léger,
Ainsi tout le monde nous méprise,
Et ainsi nous sommes sans le sou.
Ceux qui nous méprisent seront confondus
Et ne seront pas inscrits parmi les justes.

In taberna quando sumus

15-Amor volat undique

L’amour vole en tous lieux

chœur d’enfants
Amor volat undique,
Captus est libidine.
Iuvenes, iuvencule
Coniunguntur merito.
L’amour vole en tous lieux,
Il est pris par le désir.
Jeunes gens et jeunes filles
Sont unis et c’est bien ainsi.
soprano
Siqua sine socio,
Caret omni gaudio ;
Tenet noctis infima
Sub intimo
Cordis in custodia :
La fille sans compagnon
Manque de tous les plaisirs ;
Elle garde le vide de la nuit
intimement
caché dans son cœur.
chœur d’enfants
Fit res amarissima.
Cela crée la plus grande amertume.

Amor volat undique

16-Dies, nox et omnia

Le jour, la nuit et tout

ténor et baryton
Dies, nox et omnia
Michi sunt contraria ;
Virginum colloquia
Me fay planszer,
Oy suvenz suspirer,
Plu me fay temer.
Le jour, la nuit et tout
Sont contre moi,
Le caquetage des jeunes filles
Me fait pleurer,
Ou souvent soupirer,
Et même me fait peur.
O sodales, ludite,
Vos qui scitis dicite
Michi mesto parcite,
Grand ey dolur,
Attamen consulite
Per voster honur.
O compagnons, raillez !,
Vous qui savez dites le -moi,
Epargnez le malheureux que je suis,
Grande est ma douleur,
Conseillez-moi au moins,
Sur votre honneur.
Tua pulchra facies
Me fay planszer milies,
Pectus habet glacies.
Aper un baser. Remender
Statim vivus fierem
Per un baser
Ton joli visage,
Me fait pleurer mille fois,
Ton cœur est de glace.
En remède
Un baiser
Me rendrait aussitôt la vie.

17-Stetit puella

Une jeune fille était là

soprano
Stetit puella
Rufa tunica ;
Si quis eam tetigit,
Tunica crepuit.
Eia.
Une jeune fille était là
En tunique rouge,
Si quelqu’un la touchait,
La tunique bruissait.
Eia !
Stetit puella
Tamquam rosula ;
Facie splenduit,
Os eius fioruit.
Eia.
Une jeune fille était là
Comme un bouton de rose :
Son visage resplendissait
Sa bouche était en fleur.
Eia !

18-Circa mea pectora

Dans mon cœur

baryton et chœur
Circa mea pectora
Multa sunt suspiria
De tua pulchritudine,
Que me ledunt misere.
Dans mon cœur
Il y a de nombreux soupirs
A cause ta beauté,
Qui me blesse misérablement.
Manda liet
Manda liet
Min geselle
Chumet niet.
Entonne une chanson,
Entonne une chanson
Mon bien aimé
Ne vient pas.
Tui lucent oculi
Sicut solis radii,
Sicut splendor fulguris
Lucem donat tenebris.
Tes yeux brillent
Comme les rayons du soleil,
Comme la splendeur de l’éclair
Donne la lumière aux ténèbres.
Manda liet
Manda liet
Min geselle
Chumet niet.
Entonne une chanson,
Entonne une chanson
Mon bien aimé
Ne vient pas.
Vellet deus, vallent dii
Quod mente proposui :
Ut eius virginea
Eserassem vincula.
Que dieu veuille, que les dieux veuillent
Ce que ce j’ai mentalement imaginé
Pour que j’ouvre
Ses chaînes virginales.
Manda liet
Manda liet
Min geselle
Chumet niet.
Entonne une chanson,
Entonne une chanson
Mon bien aimé
Ne vient pas.

Circa mea pectora

19-Si puer cum puellula

Si un garçon avec une fille

chœur d’hommes
Si puer cum puellula
Moraretur in cellula,
Felix coniunctio.
Amore suscrescente
Pariter e medio
Avulso procul tedio,
Fit ludus ineffabilis
Membris, lacertis, labii
Si un garçon avec une fille
S’attardent dans une chambre,
Quelle heureuse rencontre.
L’amour s’accroissant,
Entre eux
La pudeur est oubliée,
Commence l’ineffable jeu
De leur membres, bras et lèvres.

Si puer cum puellula

20-Veni, veni, venias

Viens, viens, o viens

chœur
Veni, veni, venias
Veni, veni, venias,
Ne me mori facias,
Hyrca, hyrce, nazaza,
Trillirivos, trillirivos...
Viens, viens, o viens
Viens, viens, o viens,
Ne me laisse pas mourir,
Hycra, hycre, nazaza,
Trillirivos, trillirivos...
Pulchra tibi facies
Oculorum acies,
Capillorum series,
O quam clara species !
Ton beau visage,
L’éclat de tes yeux,
Tes cheveux tressés,
Quelle vue admirable !
Rosa rubicundior,
Lilio candidior
Omnibus formosior,
Semper in te glorior !
Plus rouge que la rose,
Plus blanche que le lys,
Plus belle de toutes,
Toujours de toi je me glorifie !

Veni, venias

21-In truitina

Dans la balance

soprano
In truitina mentis dubia
Fluctuant contraria
Lascivus amor
Et pudicitia.
Sed eligo quod video,
Collum iugo prebeo :
Ad iugum tamen suave transeo.
Dans l’hésitante balance de mes sens
Flottent les contraires,
Amour lascif et pudeur.
Mais je choisis ce que je vois,
J’offre mon cou au joug :
Avec delice je passe sous le joug.

22-Tempus est iocundum

C’est le temps de se réjouir

chœur
Tempus est iocundum,
O virgines,
Modo congaudete
Vos iuvenes.
C’est le temps de se réjouir,
O jeunes filles,
Prenez du plaisir maintenant
Avec vos jeunes gens !
baryton
Oh, oh, oh,
Totus floreo,
Iam amore virginali
Totus ardeo,
Novus, novus amor
Est quo pereo.
Oh ! Oh ! Oh !
Je m’épanouis entièrement,
Déjà par l’amour des jeunes filles
Je brûle tout entier,
Un nouvel, nouvel amour
Existe et j’en meure.
chœur d’enfants
Mea me confortat
Promissio,
Mea me deportat
Negatio
Ma promesse
Me réconforte, mon refus
M’abat.
soprano et chœur d’enfants
Oh, oh, oh,
Totus floreo,
Iam amore virginali
Totus ardeo,
Novus, novus amor
Est quo pereo.
Oh ! Oh ! Oh !
Je m’épanouis entièrement,
Déjà par l’amour des jeunes filles
Je brûle tout entier,
Un nouvel, nouvel amour
Existe et j’en meure.
chœur d’hommes
Tempore brumali
Vir patiens,
Animo vernali
Lasciviens.
En hiver
L’homme est patient,
L’esprit printanier
Le rend lascif.
baryton
Oh, oh, oh,
Totus floreo,
Iam amore virginali
Totus ardeo,
Novus, novus amor
Est quo pereo.
Oh ! Oh ! Oh !
Je m’épanouis entièrement,
Déjà par l’amour des jeunes filles
Je brûle tout entier,
Un nouvel, nouvel amour
Existe et j’en meure.
chœur d’enfants
Mea mecum ludit
Virginitas,
Mea me detrudit
Simplicitas.
Ma virginité
Joue avec moi,
Ma simplicité
Me pousse.
soprano et chœur d’enfants
Oh, oh, oh,
Totus floreo,
Iam amore virginali
Totus ardeo,
Novus, novus amor
Est quo pereo.
Oh ! Oh ! Oh !
Je m’épanouis entièrement,
Déjà par l’amour des jeunes filles
Je brûle tout entier,
Un nouvel, nouvel amour
Existe et j’en meure.
chœur
Veni, domicella,
Cum gaudio, veni,
Veni, pulchra,
Iam pereo.
viens, Ma maîtresse,
Avec joie,
Viens, viens, ma toute belle,
Déjà je meure !
baryton et chœur
Oh, oh, oh,
Totus floreo,
Iam amore virginali
Totus ardeo,
Novus, novus amor
Est quo pereo.
Oh ! Oh ! Oh !
Je m’épanouis entièrement,
Déjà par l’amour des jeunes filles
Je brûle tout entier,
Un nouvel, nouvel amour
Existe et j’en meure.

Tempus est iocundum

23-dulcissime

le bien aimé

soprano
dulcissime,
Totam tibi subdo me !
Mon bien aimé,
A toi je me donne totalement !

24-Ave formosissima

Salut, la plus belle

chœur
Ave formosissima,
Gemma pretiosa,
Ave decus virginum
Virgo gloriosa,
Ave mundi luminar,
Ave mundi rosa,
Blanziflor et helena,
Venus generosa !
Salut, la plus belle,
pierre précieuse,
Salut parure des vierges,
Vierge glorieuse,
Salut astre du monde,Blanche-fleur et Hélène,
Généreuse Vénus
 !

Ave formosissima

Carl Orff

Carl Orff

Carl Orff est un compositeur allemand né le 10 juillet 1895 à Munich où il est mort le 29 mars 1982.

En 1924, avec la danseuse Dorothee Günther, il fonde une école de danse : la Güntherschule. C’est dans cette école que naîtra le concept de l’Orff-Schulwerk. Carl Orff a toujours considéré cette démarche pédagogique comme faisant partie intégrante de son œuvre musicale. Entre 1935 et 1936, il crée au vieil opéra de Francfort son plus grand succès : Carmina Burana, œuvre inspirée de poèmes du Moyen âge retrouvés dans l’abbaye de Beuren, près de Munich. Carmina Burana est l’une des œuvres classiques les plus jouées au monde.

D’abord sa musique fut rejetée par les Nazis, elle est ensuite récupérée par le IIIe Reich. Sa composition Carmina Burana en est un exemple. Très mal perçue lors de la première à Francfort en 1937, elle a ensuite connu un grand succès auprès du public mais aussi du pouvoir de l’époque.

On peut aussi reprocher à Orff d’avoir répondu à l’appel officiel de composer une nouvelle musique de scène pour Le « Songe d’une nuit d’été », la partition de Felix Mendelssohn ayant été interdite du fait des origines juives du compositeur.

On notera que certaines paroles de la cantate Carmina Burana à l’égard du pouvoir peuvent surprendre en cette période troublée.

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